Le collectif rencontre la direction territoriale de l'ONF Seine-Nord : un dialogue pour améliorer la gestion forestière en Île-de-France et la communication.
Le 12 février dernier, la direction territoriale de l’ONF Seine-Nord nous a reçus dans ses locaux à Fontainebleau, en présence des responsables des agences Paris-IDF Est et Ouest. La direction territoriale Île-de-France Seine Nord rassemble l’Île-de-France, les Hauts-de-France et la Normandie. Cette rencontre visait à présenter le collectif Sauvegarde Forêts IDF, échanger sur une gestion forestière plus adaptée et améliorer la communication avec l’ONF. Les relations entre l’ONF et les associations environnementales sont actuellement tendues, notamment après deux dépôts de plainte et mises en demeure.
Cette réunion de 2h30 a permis de présenter le Plaidoyer pour la « Sauvegarde des Forêts publiques en IDF », qui a sensibilisé sur les spécificités des forêts publiques et mobilisé près de 30 000 signataires. En Île-de-France, la région la plus urbanisée d’Europe, ces espaces boisés sont essentiels pour le bien-être des habitants et la biodiversité.
Nous avons alerté sur les nombreuses menaces qui pèsent sur ces forêts : changement climatique, urbanisation, surfréquentation, mécanisation intensive, effondrement de la biodiversité, risques d’incendie et prélèvements excessifs, notamment pour le bois-énergie. En 10 ans, la capacité de stockage du carbone des forêts françaises a chuté de moitié, la mortalité des arbres a doublé et leur croissance a reculé de 4 %, tandis que les prélèvements ont augmenté de 11 %, selon le dernier inventaire forestier. Il devient urgent de repenser la gestion forestière des forêts publiques en IDF, et de renforcer leur protection pour mieux les adapter aux défis climatiques.
Nous avons remis le livret « Nous aimons notre forêt » réalisé par les Amis du Bois de Verrières, ainsi que le « Plaidoyer en images ».

Cloisonnements forestiers
Des travaux ont suscité de vives réactions, dans cette forêt urbaine très fréquentée (photo forêt de Verrières).

Coupes d'arbres
Des coupes effectuées par des sous-traitants, de plus en plus contestées, occasionnant des dommages sur le paysage, les sols et la biodiversité (photo forêt de Verrières).

Pollution plastique
Abandon de manchons en plastique sur le sol, dans les forêts domaniales d'Ile-de-France, depuis une dizaine d'année (photo forêt Saint Germain).
Des forêts urbaines à forte fréquentation trop exploitées
Une diminution des coupes de bois nous paraît indispensable pour augmenter le puits de carbone dans un climat qui se réchauffe, et limiter les travaux lourds qui dégradent les écosystèmes forestiers. En Île-de-France, les prélèvements atteignent 97 % de la production biologique (hors Seine-et-Marne), selon les inventaires forestiers 2016-2023, un niveau trop élevé. Pourtant, les plans de gestion de ces forêts, très fréquentées (100 millions de visites/an), reconnaissent la priorité de leur fonction sociale et écologique sur leur exploitation économique.
Si l’ONF affiche une volonté d’améliorer la communication, des désaccords persistent sur certaines pratiques que nous jugeons trop intensives, et sur le manque de transparence des informations de gestion.
L’exploitation forestière doit évoluer vers des pratiques plus respectueuses des écosystèmes
Nous avons formulé plusieurs demandes :
- Une réduction des coupes et des travaux lourds afin de limiter leur impact sur les sols et la biodiversité, sources de vives contestations.
- Un renforcement de la préservation de la biodiversité, avec l’augmentation des zones en libre évolution (5 à 10 % par massif), les îlots de senescence, les arbres-habitats et le bois mort et le puits de carbone.
- Un espacement des cloisonnements d’exploitation à 40m pour limiter la fragmentation de la forêt et le tassement des sols.
- Un allongement des cycles d’exploitabilité, permettant de préserver le potentiel écologique et économique des forêts (actuellement, les chênes sont abattus dès 80 à 120 ans, bien avant leur maturité écologique, estimée à 250 ans).
- Une concertation régulière et transparente avec des plans de gestion raccourcis à 10 ans et des diagnostics réguliers. Il est également essentiel d’intégrer le rôle de puits de carbone des massifs dans la gestion forestière.
- Un statut spécifique pour les forêts urbaines et périurbaines très fréquentées, plus protecteur, garantissant leurs fonctions sociales et écologiques face à la pression croissante de l’exploitation et de l’urbanisation. La richesse des forêts ne réside pas seulement dans la valeur du bois.
Ces propositions visent à concilier les différents usages des forêts tout en garantissant leur pérennité face aux défis climatiques et écologiques. L’ONF, encore trop dépendant de la vente de bois, pourrait compenser une réduction des prélèvements grâce à des financements complémentaires de la Région, des départements, des communes ou des services de l’eau, qui bénéficient directement des services écosystémiques des forêts : filtration de l’eau et de l’air, îlots de fraîcheur, habitats pour la biodiversité, santé publique.
Des avancées malgré des points de désaccords
Sur l’adaptation des forêts face au réchauffement climatique, l’ONF met en avant l’introduction d’espèces supposées plus résistantes. Il justifie les prélèvements de bois par un objectif national de 5 millions de m³/an, tout en reconnaissant des problèmes liés aux sous-traitants lors des travaux. Concernant les cloisonnements, ils sont présentés comme nécessaires à la protection des sols, bien que des alternatives comme la traction animale soient jugées trop coûteuses. Le débardage par câble est expérimenté dans d’autres régions, et une « gestion différenciée » est en cours de concertation dans les forêts de Fausses-Reposes et de La Malmaison.
Des divergences demeurent, notamment sur les travaux forestiers et la préservation de la biodiversité. En réponse, l’ONF a accepté de transmettre certains documents (plans de gestion et leurs annexes, volumes désignés et vendus), d’améliorer l’affichage des coupes sur site et s’est montré ouvert à la mise en place d’une nouvelle concertation avec les associations.
Quelles perspectives ?
Si cette réunion marque une avancée vers un dialogue constructif, nous restons attentifs quant aux pratiques forestières trop invasives et espérons que cette ouverture se traduira par des actions concrètes, en s’appuyant sur une gestion plus respectueuse des équilibres naturels, menée en concertation avec les associations environnementales et en cohérence avec la volonté affichée par l’ONF d’améliorer le dialogue.
Les associations affirment leur volonté à soutenir l’ONF dans la recherche de financements permettant de réduire les coupes et de mieux préserver les forêts publiques d’Île-de-France, patrimoine commun essentiel au sein de la région la plus dense et la plus peuplée de France.